L’économie bleue pour une croissance durable

Le dérèglement climatique, ce phénomène inévitable est engendré par les activités humaines, modifiant la composition de l’atmosphère de la planète ou par les variations naturelles du climat. Plusieurs pays, notamment l’Afrique qui s’avère être plus vulnérable face au changement de climat, se sont tournés vers une solution durable, voire une économie océanique. Par ailleurs, en vue de la Convention des parties (COP 22) qui aura lieu du 7 au 18 novembre 2016 à Marrakech, plusieurs pays africains et de l’océan Indien se sont tous retrouvés les 1 et 2 septembre à Maurice autour du thème de l’économie bleue et le changement climatique dans les régions d’Afrique et de l’océan Indien.

 

Selon le WEST AFRICA COASTAL AREAS PROGRAM (WACA), 31% de la population de l’Afrique de l’Ouest habitent dans des régions littorales, à savoir que 500 000 personnes sont touchées par des inondations côtières.  D’après les dernières prédictions de cette organisation, le coût des dommages causés  par le changement climatique dans cette région s’élèveront à 11 milliards de dollars d’ici 2050. 38 des 54 pays de l’État d’Afrique sont des États côtiers. Les eaux territoriales africaines totalisent quelque 13  millions de km2, et le plateau continental s’étend sur environ 6,5 millions de km². Avec une superficie d’à peine 1 850 km², Maurice est l’un des plus petits pays d’Afrique et au monde, mais ses eaux territoriales en font un pays de 1,9  million de km², la taille de l’Afrique du Sud. Autrement dit, sous la mer il existe une autre Afrique. C’est donc à juste titre que l’Union africaine qualifie l’économie bleue de « nouvelle frontière de la renaissance de l’Afrique ».

L’économie bleue peut jouer un rôle essentiel dans la transformation structurelle de l’Afrique, la croissance économique durable et le développement social, voire l’égalité des genres, la sécurité alimentaire, l’accès à l’eau, la baisse de pauvreté, la protection des ressources ou encore la création d’emplois. Elle assure également la protection de nos ressources marines, l’aquaculture, les transports, le secteur portuaire, le secteur minier et le secteur de l’énergie.

« L’économie bleue est un secteur d’avenir, mais à Maurice, la population n’en est pas assez consciente. Il y a urgence ! », souligne David Boodnah de la Mauritius Broadcasting Corporation (MBC). « Il faut un développement durable et stable car le secteur de la pêche et celui du tourisme sont vraiment en danger à  Maurice.  Encadrer le pays pour la génération nouvelle,  mais il y a tout de même un manque d’investissements. Or, le ministre des Finances doit agir vite en terme de finance », affirme Yuvan A.Beejadhur, expert en économie océanique.

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Changement climatique et aménagement des côtes

Monitoring for Environment and Security in Africa (MESA) est un projet conçu par l’Union africaine. Le système consiste à utiliser des technologies d’OT et par satellite pour générer des produits essentiels et des services d’information pour le développement socio- économique des populations africaines, ainsi que la gestion durable de l’environnement. « Notre but est d’amener un développement durable, guider les pêcheurs et assurer une sécurité alimentaire à partir de l’économie bleue », affirme Dr Manta Nowbuth de la Faculté des études océaniques à l’Université de Maurice. 20% de la zone côtière sont  affectés par les inondations à Maurice. De ce fait, une formation des services alimentaires a débuté cette année par le MESA avec l’accord de la Beach Authority, concernant la pollution marine afin de conscientiser les pêcheurs.

Développement océanique

Du côté de l’Institut océanographique de Maurice (MOI), l’objectif des scientifiques est de caractériser les milieux océanique et côtier, évaluer les alternatives par études multidisciplinaires et évaluer d’autres approches pour l’économie bleue. En outre, les experts font des recherches et des suivis de l’énergie marine renouvelable, du développement portuaire et du blanchiment des coraux. D’ailleurs, un programme sera mis en œuvre, notamment la création d’un jardin de coraux résistants l’année  prochaine par un fonds des Nations Unies.

Le MOI souhaite travailler en collaboration avec d’autres experts de la région afin d’élaborer un ‘marine spatial planning’. Cependant, Dr Pillay, de cet institut,  fait  remarquer que les jeunes ne s’intéressent plus à la science, alors que la nouvelle génération devrait prendre la relève. « Il faudrait aussi aider les enfants dès l’école primaire à s’y intéresser », dit-elle.

 

Ci-dessous quelques effets conséquents :

Le littoral menacé par les activités humaines

  • L’érosion et les accumulations sédimentaires, causées par la construction d’infrastructures côtières dans les pays avoisinants
  • Les inondations causées par la pollution marine qui dérive le long du littoral
  • La destruction des habitats naturels engendrée par une planification insuffisante, et la pollution régionale qui a des impacts négatifs sur la population des poissons
  • L’acidité de l’océan, causée notamment par les rejets de gaz carbonique (CO2) provenant des véhicules ou des usines

… et par les changements naturels

  • La montée des eaux due à la fonte des glaces continentales qui augmentera les risques d’inondations
  • L’érosion côtière due à l’élévation de la mer en raison du réchauffement climatique
  • Les inondations rapides suite à des conditions météorologiques particulièrement violentes
  • Les événements chauds renforcent le blanchiment des coraux
03 January 2012, Rome, Italy - Incoming FAO Director-General José Graziano da Silva holding his first press conference since officially assuming his post at the start of 2012. The Brazilian agronomist and economist discussed urgent food security issues and answer journalists’ questions on related themes. FAO Headquarters (Iran Room).
03 January 2012, Rome, Italy – Incoming FAO Director-General José Graziano da Silva holding his first press conference since officially assuming his post at the start of 2012. The Brazilian agronomist and economist discussed urgent food security issues and answer journalists’ questions on related themes. FAO Headquarters (Iran Room).

Selon M. José Grazanio Da Silva, Directeur Général de l’Organisation des Nations Unies (FAO) pour l’Alimentation et l’Agriculture, seuls 13 des 34  des petits Etats insulaires en développement font parties de l’accord de  COP22 dont 9 en Afrique. “ FAO will continue to spread the message that ocean are crucial for managing climate change and strongly believe that African countries will be a champion”. L’objectif de la FAO est de  protéger la communauté côtière et l’aquaculture et la culture marine. Ainsi il fait un appel aux pays qui n’ont pas encore signé d’opter pour cet accord afin de combattre tous ensemble le changement climatique.

 

Les différentes régions de l’Afrique touchées par le bouleversement climatique

Les dégâts en images

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Maurice : Des poissons retrouvés morts à la plage

2

Togo : Une route côtière rognée par l’érosion

3

La Réunion : Les coraux ne protègent plus les côtes

4

Maroc : Pollution littorale

 

Atelier de formation journalistique

La Banque mondiale, en collaboration avec la Media Trust, a organisé trois jours d’atelier de formation pour les journalistes mauriciens sur le changement climatique. Ce phénomène touche sans exception tous les pays du monde en particulier, l’Afrique. D’ailleurs, plusieurs journalistes expérimentés du continent d’Afrique entre autres, des Comores, de Madagascar, de la Guinée Bissau, de la Mauritanie, de  Mozambique, du  Sénégal, des Seychelles, de la Tanzanie, du Togo, du Maroc, Sao Tomé et Principe et de la Côte d’Ivoire ont participé aux trois jours de formation suivis de deux autres consacrés à la conférence ministérielle. L’objectif principal de cet atelier est de sensibiliser les journalistes aux défis et les opportunités des économies sur l’océan et comment il contribue à la croissance économique et aux moyens d’existence améliorés en Afrique.

L’intégralité régionale permettra d’améliorer la gestion durable des eaux côtières partagées, les services de protection de l’environnement et les moyens de subsistances liés aux écosystèmes côtiers.

Pourquoi les journalistes doivent s’inquiéter ?

Rabin Bhujun, Directeur d’ION News :

« C’est une question de vie ou de mort », dit-il en se référant au débordement qui a fait onze morts, le 30 mars 2013, à Maurice. Cependant, il affirme que le gouvernement, les secteurs privés et le public devraient tous apporter une contribution.

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Judex Rampaul à gauche

Judex Rampaul, syndicat des pêcheurs  à l’île Maurice : « Que 2000 pêcheurs  à Maurice »

Lors d’une visite des zones côtières le deuxième jour de l’atelier de formation des journalistes, nous avons pu rencontrer le syndicat des pêcheurs à Bain des Dames  avec des collègues journalistes des pays du continent d’Afrique.  Il précise qu’il ne reste  que 2000 pêcheurs environ à Maurice.  «  La perte de nos ressources maritimes est causée par les erreurs commises par les humains en sus du changement climatique », ajoute Judex Rampaul. La situation s’annonce de plus en plus grave, selon lui.  Il  a aussi tenu à préciser que les enfants de pêcheurs devraient prendre la relève, mais que le gouvernement doit agir pour ça, voire leur donner l’opportunité de s’expertiser dans ce domaine.  En outre, il ajoute que les poissons de «  premier grade » sont menacés d’extinction tels que la vielle rouge et le cateau ».  Il faudrait certainement trouver une solution et nous la communauté de pêcheurs, nous sommes prêts à coopérer  avec les autorités». En outre, il a aussi mis l’accent sur le manque de renforcement de la part des ‘guard fisheries’, qui malgré eux, promeut la pêche illégale dans le pays, surtout la pèche au pouple (ourite) qui est exercée sans permis. Au final, il se dit être impuissant face à ces effets. « De nos jours, la pêche ne sert plus à rien », dit notre interlocuteur tout en gardant l’espoir que le gouvernement agira vite.

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Conférence de presse interministérielle

Deux jours de  conférence de presse interministérielle ont été organisés après les trois jours d’atelier de formation pour les journalistes africains. Les pays d’Afrique et l’océan Indien se sont tous réunis à Westin Turtle Bay Resort & Spa les 1 et 2 septembre à Maurice dans le but de stimuler le projet et l’investissement en faveur de l’économie bleue.

« Je suis heureux que Maurice ait eu la chance d’apporter sa contribution dans ce projet. L’économie océanique compte globalement, mais en particulier en Afrique, car un tiers de la population des pays de ce continent habite dans des régions côtières. L’économie bleue est importante car le tourisme est l’industrie clé », souligne le ministre du Tourisme, Xavier-Luc Duval.

« Maurice est déterminé à faire de l’économie de l’océan un nouveau pilier de création de richesse. Notre zone maritime représente près de 1% des océans du monde. Cela représente un énorme potentiel. Bien qu’un petit État insulaire, nous ne sommes pas seulement massivement investis dans nos actifs océaniques, mais la formulation aussi les politiques pertinentes pour développer ce secteur », annonce le Premier ministre, sir Anerood Jugnauth, lors de son discours. Précisant aussi qu’une série de mesures a été ciblée dans le nouveau budget, notamment renforcer les activités émergentes telles que l’aquaculture, l’avitaillement, et la transformation de Maurice en une plaque tournante pétrolière régionale, mais en tant que petit état, Maurice aurait besoin de soutien technique et de l’aide financière des organismes internationaux et des pays partenaires.

« Je souhaite vivement qu’à l’issue de la présente conférence, les délibérations de nos travaux puissent permettre de jeter les bases d’une coopération exemplaire indispensable audéveloppement de l’économie bleue pour le plus grand bien de nos populations », ajoute  Komi Sélom Klassou, Premier ministre du Togo.

« J’attends que les pays qu’ils soient petits États insulaires ou les États côtiers en développement, développent leurs économies sur l’océan, ils devraient le faire d’une manière qui intègre les considérations relatives aux changements climatiques », soutient le Directeur du développement durable de la région d’Afrique à la Banque mondiale, Jamal Saghir.

L’approche régionale

L’union fait la force ! Cette approche régionale permettra d’améliorer la gestion durable des eaux côtières partagées, les services de protection de l’environnement et les moyens de subsistance liés aux écosystèmes côtiers. La coopération peut également contribuer au développement en matière d’investissement d’infrastructure côtière.