(Dis)Honorable parlementeur

EDITO

Par Zahirah RADHA

Ravi Rutnah a encore récidivé cette semaine. Débiter des insanités à l’égard des journalistes semble devenu chez lui une obsession souffreteuse, voire même une maladie chronique. À chaque fois qu’il se fait taper dessus par la presse, il se défend en faisant des allégations burlesques qui ne reposent que sur du vent. Que reprochait-il à la journaliste de l’Express qu’il a traité de « li pa vo pou ene femelle lichien » ? Que celle-ci  l’avait qualifié d’« aboyeur en série » ? Oublions pour un instant la définition du mot « aboyeur » et attardons-le plutôt sur l’explication fournie par Laëtitia Melidor. « Je ne l’ai jamais traité d’aboyeur », a-t-elle dit sur les ondes de Radio Plus mercredi après-midi. En tant qu’avocat, Ravi Rutnah ne devrait-il pas dû « get his facts right » avant de hurler sa hargne devant une assistance conquise à ses débilités exécrables? Bien qu’il ait retiré ses propos par un concours de circonstances, il n’en demeure pas moins qu’il a publiquement insulté une femme journaliste sans aucune raison, valable ou pas. Mais cet écart de langage et de comportement n’est pas isolé. Et c’est justement ce qui est plus condamnable.

Il nous convient de rappeler que Sunday Times avait également fait les frais de ce député hargneux dans un passé pas trop lointain. « le député du ML s’est permis de menacer un de nos journalistes au téléphone avant de courir au poste de police de Grand-Baie pour consigner une déposition contre lui pour menaces et insultes. Comique puisque, queue entre les jambes, le ‘Ti Roquet’ a dû revenir sur ses pas en quatrième vitesse quelques heures plus tard pour retirer sa plainte, Sunday Times ayant, entretemps, mis en ligne la conversation que l’élu avait eue avec le reporter en question. Un enregistrement qui suffisait largement pour exposer le mensonge et la mauvaise foi de Ravi Rutnah à l’encontre de notre hebdomadaire […] Pour quelles raisons s’est-il senti aussi acculé, au point d’avoir recours à une action aussi extrême, alors que le reporter n’a même pas eu le temps de lui poser de question ? » (https://www.sundaytimesmauritius.com/parlementeur-rutnah/). C’est ce que nous écrivions dans notre édito en date du 28 mai 2017.

Il semblerait cependant que le déshonorable parlementeur n’ait pas appris de ses erreurs passées. Le Premier ministre a eu tout à fait raison de condamner les propos de Ravi Rutnah. Un coup dur que ce dernier a dû encaisser en direct et qui l’a contraint, malgré lui, à retirer ses propos. En tant que chef de gouvernement, Pravind Jugnauth a le devoir et la responsabilité, dès son retour au pays, de rappeler ce député à l’ordre. Pourra-t-il le faire cependant ? Après s’être ressaisi dans un premier temps, et ce après avoir accusé un journaliste en particulier de faire partie de la mafia, Pravind Jugnauth a fini par récidiver en disant que « pa koné kot sorti hier zordi pé vine zournalis ».  S’il est vrai que les propos du Premier ministre sont moins vulgaires comparés à ceux tenus par son mentor de père (mo pisse lor ou) ou par Ravi Rutnah, il n’en reste pas moins qu’ils sont tout aussi insultants que ceux-ci. Et ces dérives, pensons-nous, que feront qu’empirer. D’autant que deux importants groupes de presse ne fontt que s’entretuer. Qui se frotte les mains pendant ce temps ? Devons-nous vous le dire ?