Cent jours pour étendre ses tentacules

La période de 100 jours de grâce accordée à tout nouveau gouvernement, le temps qu’il trouve ses repères, est maintenant derrière nous. Il est grand temps donc pour que le régime se mette finalement au travail. Depuis les dernières élections, le pays a été quasiment en berne. Pourtant, à voir la vitesse avec laquelle Pravind Jugnauth avait constitué son équipe ministérielle et procédé à certaines nominations, on croyait sincèrement qu’il « means business ». D’autant que nous sommes confrontés à des défis économiques majeurs, dominés par des facteurs externes préoccupants. Or, on a été désillusionné assez vite.

Après un séjour privé pour remercier le Bon Dieu pour sa victoire (truquée, martèlent certains) aux dernières élections, le Premier ministre a multiplié ses missions à l’étranger, en emportant dans ses valises les clés de l’auguste Assemblée, la confondant sans doute avec le Maradiva de sa belle-famille. Les débats sur le discours programme se font ainsi au compte-gouttes, selon le bon vouloir du Leader of the House, alors qu’on aurait dû en finir depuis belle lurette. Les questions parlementaires, elles, peuvent toujours attendre. Tout comme les défis économiques. Après tout, rien ne presse. On n’est qu’à l’entame de ce second mandat, long de cinq années.

C’est en suivant sans doute ce même raisonnement que le Conseil des ministres ne s’est pas réuni durant la semaine écoulée. Le pèlerin Pravind Jugnauth avait un agenda chargé, et hautement médiatisé, entre sa convergence vers le lac sacré, les séances de prières et les moments de recueillement et de « belo ti puri ». Idem pour son fidèle cortège composé de ministres, de députés et de conseillers portant curieusement des kanwars identiques à la couleur de leur parti. Mais y voir autre chose qu’une expression sincère de leur piété relèverait sans doute de la mauvaise foi. On fermera donc les yeux sur le ralentissement du fonctionnement gouvernemental durant la semaine écoulée.

Par contre, feindre de ne pas voir que le chef du gouvernement a étendu ses tentacules au point d’avoir un contrôle absolu sur les institutions de l’État est alarmant. Ce n’est pas Jean Claude de l’Estrac qui nous dira le contraire. L’ancien ministre, rédacteur en chef et observateur politique, souligne ainsi dans un entretien accordé à un confrère, hier, que « l’essentiel de l’action gouvernementale s’est focalisé sur la consolidation de l’État-MSM […] Tous les gouvernements ont pratiqué, plus ou moins, cette forme de cannibalisation politique. Mais personne n’en avait fait, à ce point, un principe de gouvernement. C’est extrêmement grave ».

À travers certaines nominations, Pravind Jugnauth veut consolider sa base et s’assurer que ses ‘chamchas’ se plieront à ses exigences au moment opportun. Son ambition de se positionner comme le leader incontestable sur l’échiquier politique est beaucoup plus pressante que les intérêts du pays. L’autre s’était donné cent jours pour changer la vie des Mauriciens. Lui il s’est donné cent jours pour se donner les moyens de régner en maître. L’économie attendra.